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On peut considérer que ces
paroles étaient prémonitoires. Il parlait comme un de ces liquidateurs
profondément atteint dans sa chair. Comme le dit Michel Fernex, Président
des ENFANTS de TCHERNOBYL BELARUS :
"Pour nous, Vassily
Nesterenko était un ami. Nous étions conscients que l'institut Belrad n'a
survécu que grâce à son intelligence éblouissante qui lui avait permis de
résister à mille embûches et attaques perfides dont il était victime. Le
professeur Nesterenko dirigeait le célèbre Institut de physique nucléaire de
Minsk, quand, en Ukraine, explosait le réacteur de Tchernobyl. Il décide dès
lors de se consacrer à la protection des populations, et tout
particulièrement celle de la santé des enfants victimes d'irradiation
chronique. Il y a consacré sa vie. Avec cela, il néglige sa propre santé
et se refuse trop souvent le repos dont il aurait tant
besoin." Vassili Nesterenko était en train de réaliser un
ATLAS du radiocésium accumulé dans l'organisme des enfants vivant dans les
régions contaminées en utilisant toutes les données recueillies depuis
1990 dans son action de radioprotection et qu'il est sans doute le
seul témoin de ce type concernant les suites de Tchernobyl. Il est donc
nécessaire de poursuivre l'oeuvre de Vassili Nesterenko. L'institut Indépendant
de Radioprotection "Belrad" doit survivre à ce grand homme courageux, d'une
abnégation totale et qui a consacré sa vie pour la reconnaissance de la
vérité et tenter de réparer et de limiter les dommages faits à l'homme de la
plus grande catastophe nucléaire. Parcours d'un résistant
exceptionnel: Dans les heures qui ont suivi la catastrophe de
Tchernobyl en 1986, un homme s’est révolté contre le mensonge d’État au prix de
sa carrière et de sa sécurité personnelle. Membre de l'Académie des Sciences du
Belarus, physicien du plus haut niveau international, Vassili Nesterenko, avait
accès en Union Soviétique aux villes interdites pour raisons militaires.
Tchernobyl a bouleversé sa vie. Svetlana Alexievitch raconte(1) comment lors
d’une conférence d’experts soviétiques il avait pris la parole pour souligner
l'urgence d'évacuer la population à au moins 100 kilomètres à la ronde, de
distribuer des dosimètres et des tablettes d'iode, de sauver les enfants" (2).
Face à l’inaction et aux mensonges du gouvernement soviétique, par un geste
d’une témérité inouïe, Nesterenko décida d'arrêter, sans le moindre aval de ses
supérieurs, les travaux scientifiques de l'Institut de l'énergétique nucléaire
de la Biélorussie, qu’il dirigeait. À la place, il mit tout son personnel à
contribution pour étudier les conséquences de Tchernobyl et pour élaborer une
politique d'aide aux populations sinistrées. Naturellement, il fut limogé et il
a subi les pressions du KGB. Il a échappé à deux attentats.
En 1990, il crée avec le
soutien d’Andrei Sakharov, A. Adamovitch et et A. Karpov l’Institut
indépendant de radioprotection "Belrad" pour venir en aide aux enfants des
territoires touchés par les retombées radioactives. Il forme à la
radioprotection les médecins, les enseignants, les infirmières.
En 1994, L’Institut " Belrad "
acquiert en Ukraine, avec l’aide d’ONG occidentales, des fauteuils mobiles pour
l’anthropogammamétrie humaine qu’il perfectionne. Ces spectromètres mesurent la
radioactivité dans le corps humain et sont reliés à un ordinateur qui enregistre
les rayonnements gamma spécifiques des radionucléides incorporés : le césium
137, mais aussi le potassium. Les données stockées sont publiées régulièrement
dans un document distribué aux autorités sanitaires nationales, régionales et
locales ainsi qu’aux familles.
En 1996, Nesterenko adopte
avec succès l'additif alimentaire à base de pectine de pommes recommandé
par le Ministère de la santé ukrainien comme adsorbant du césium137 (Cs137). En
un mois de traitement la charge en radionucléides de l'organisme de l'enfant
peut baisser de 60-70%.
Nesterenko est le seul
scientifique qui mesure systématiquement la radioactivité artificielle interne.
Ses mesures ont révélé des contaminations huit fois plus élevées que celles que
publie le Ministère de la santé biélorusse, qui a tenté de le bloquer dans son
action. Son activité étant légale, il n'a pas réussi à le faire plier. Depuis
des années l’Institut Belrad continue à fonctionner grâce à l’aide
internationale et en particulier en France par le soutien financier de
l’association Enfants de Tchernobyl Belarus, mais aussi de France-Libertes, Les
enfants de Tchernobyl…
Lui-même devait se battre
contre les méfaits de la contamination radioactive, pour avoir survolé la
centrale de Tchernobyl peu de temps après l’accident. Sa santé était devenue
très précaire. Or, depuis 2007, les tracasseries administratives avaient
redoublé après qu’il ait refusé l’offre qui lui avait été faite de diriger les
travaux de la future centrale nucléaire au Belarus. Le 25 juin 2007, le
président Loukachenko a signé une résolution adressée au Premier ministre
Sidorsky :"Prendre les mesures nécessaires pour traduire en justice
l’entreprise unitaire privée " Institut de radioprotection " Belrad " et ses
responsables pour violation de la législation dans le domaine de recherches sur
la radioprotection et la diffusion des informations sur les résultats de ces
recherches. "
Mais, Nesterenko connaissait
les lois. Il s'est défendu avec une énergie surprenante. Après des contrôles
quotidiens exténuants d'une commission du département fiscal du ministère des
Finances, avec mission d'incriminer l'Institut Belrad, ce département a reconnu
l'excellence du travail de l'institut et lui a fait ses compliments. Mais, cette
dernière bataille a certainement contribué à venir à bout de sa
résistance…
Heureusement l’Institut Belrad
avec plus d'une trentaine de collaborateurs a construit une équipe dont son fils
Alexey Nesterenko est prêt à prendre la direction pour relever le défi de la
connaissance contre le mensonge et de l’aide aux enfants du Belarus qui
continuent à subir les méfaits de la contamination
radioactive.
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(1). " La salle était restée
inerte, chacun jugeant qu'il exagérait. Il avait insisté, bataillé. L'auditoire
était resté sceptique. Quand il avait vu que ses efforts étaient vains, que
chacun faisait mine de croire à une situation "normale", comme le proclamait la
propagande, des larmes de rage s'étaient mises à couler sur son visage... " Cet
homme, il fallait que je le rencontre", conclut Svetlana Alexievitch. " La
Supplication " (Lattès),
(2). Cité par Nathalie Nougayrède, Le
Monde, 20 mai 2000
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